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Je
suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le Principe
et la fin. »
Jean (Ap 22,13)
Le vigneron doit affirmer avec force, la primauté de la
terre dans sa quête perpétuelle de beau, de bon ...et de
vrai! Cette terre, sa terre, peut être définie comme principe
et fin de son ouvrage. Principe puisque tout naît de cette
terre. Fin puisque tout conduit à elle et au vin, terre
rendue lumineuse, révélée et incarnée dans le corps, le
coeur, l’esprit de l’amateur. Mais alors, quelle est la
place de la vigne dans cet ordre immuable et quel est le
rôle du vigneron? La vigne occupe une place primordiale
dans la traduction du lieu. «Elle ressent, exprime par la
grappe les secrets du sol» 1.
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La
vigne n’est pas une plante comme les autres, elle a besoin
de l’homme pour donner le meilleur d’elle même, elle a besoin
des soins que le vigneron lui prodigue et le premier de
ces soins est sans doute le «fessourage».
Une
vigne bien fessourée s’en ressent toute l’année
Travail
de force, travail de l’homme, cette façon culturale destinée
à la fois ameublir le sol et à détruire les mauvaises herbes,
se déroulait autrefois en trois époques. Le premier coup
ou «bouêchage» à la sortie de l’hiver était le plus pénible.
Si pénible que l’abbé Tainturier en 1763, s’en émeut et
écrit: «Pourquoi faut-il que le plus délicieux des breuvage
que Dieu a donné à l’homme coûte tant de peine?». La deuxième
façon, «fessoyage» ou «refuer» avait lieu en mai et le troisième
tierce ou binage, après la floraison.
Un
fessou en or
Louis
TRAPET né en 1835 avait, selon la légende familiale un fessou
en or. Cramponné sur sa terre, le corps courbé, plié en
deux, il n’avait pas son pareil pour «dégrimoner» ses ouvrées
2. Il eu fallu le
voir ce Louis, piquant la terre, la ramenant à lui avec
force et habilité, inclinant le f’sou à droite puis à gauche
de manière à tracer un sillon comme celui qu’aurait fait
une charrue. Cette charrue, tirée par les chevaux de Langres
ou Auxois, n’entrera dans le vignoble que bien plus tard
après la crise phylloxérique 3,
date à laquelle les vignes «en ligne» supplantèrent les
plantations en foule désordonnées.
Aujourd’hui, si nos fessous sont bien remisés dans «l’atelier
aux sulfates», ce n’est que pour mieux les sortir au printemps
lors du «bouêchage» des jeunes plantes ou du «dégarochage»4
de mai.
Certes, l’intercep hydraulique, nous rend la tâche plus
facile, mais la permanence des lieux, des saisons oblige
le vigneron à l’ordre immuable des travaux et de jours.
1
Colette
2 l’ouvrée ou la fessourrée, représentait la surface qu’un
vigneron pouvait bêcher en une journée.
3 pourtant dés 1840, un propriétaire de Savigny, Mr le comte
de la Loyére préconise l’utilisation de la charrue dans
un vignoble «en ligne»
4 travail réalisé tous les 3 ans, consistant à couper
le chevelu racinaire le plus superficiel.
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