1998

Le millésime des extrêmes !

Jean-Louis Trapet Novembre 1998

Les vins viennent seulement d’être entonnés, que déjà les amateurs s’interrogent: Les Chambertin, les Chapelle et les Latricières du domaine seront-ils fins et élégants ? Auront-ils le fruit et l’équilibre des 1995 ? Egaleront-ils par leur puissance et leur matière les mythiques 1996?

Voici aujourd’hui, nos premières impressions prises sur les cuves en fermentation, nos premières sensations de ce millésime qui sans conteste, nous séduit et nous surprend déjà. Sous le signe des extrêmes ! Non vraiment, ce millésime ne ressemble à aucun autre : 1998 a subi une perpétuelle alternance de périodes froides et chaudes. Le début de l’hiver 1997 particulièrement clément, nous permet d’ avancer rapidement dans nos travaux de taille.

 

 

Cette avance est suivie d’une longue période de froid sur la fin du mois de Janvier. Les sécateurs sont alors rangés dans l’attente d’une période plus clémente. Au printemps, la vigne sort lentement de son repos hivernal. L’explosion de la nature est proche : le mardi 14 avril, en Chapelle, nous observons lors de notre premier griffage, les premiers bourgeons dans le coton. Une nouvelle vague de froid ralentit la pousse de la vigne et aussi notre travail. Il nous faudra attendre le mois de mai pour retrouver un «temps de saison. La vigne profite vite de ce retour en force du soleil, et sa croissance est rapide. Les premières fleurs sont repérées en Chambertin, le jeudi 4 juin. Nouveau mouvement de balancier, les conditions climatiques se dégradent et la floraison se réalise avec difficulté. Signe du temps, certaines fleurs sont déjà passées alors que d’autres commencent à peine à montrer la pointe de leurs étamines. Enfin le soleil revient et autour du 9 juillet le stade fermeture de la grappe est atteint. La vigne pousse à une vitesse incroyable. Il nous faut tout à la fois relever, accoler et traiter rapidement cet ennemi sournois qui guette nos petits raisins: l’Oïdium. La pression de ce champignon est extrême et nos traitements au soufre sont gênés par le développement exponentiel du feuillage.

Nous décidons alors, après avoir pris soin d’augmenter la hauteur de rognage, d’effeuiller délicatement à la main la zone des grappes sur la face Nord. Ces travaux longs et fastidieux, réalisés sur l’ensemble du domaine, sont couronnés de succès. Le risque d’Oïdium s’éloigne au fur et à mesure que la véraison approche. Cette véraison observée dès le 10 août, se déroule sous un ciel caniculaire : dans les plus jeunes vignes, nous réalisons une vendange en vert sous une température de 41°C à l’ombre! Qui a dit que la vigne croît à l’ombre du vigneron? Après le beau temps, la pluie! Cette période assez instable aurait pu dégrader l’état sanitaire, mais les petits raisins bien dégagés par l’effeuillage et préservés par le froid, tiennent bons. Dimanche 20 septembre, veille des Vendanges : L’équipe est au complet. Nos amis vignerons de Gevrey qui vendangent depuis vendredi nous confirment leur grande surprise: les raisins sont bons, beaux, sains et mûrs ! Après le questionnement vient l’espoir, l’espoir d’une récolte exquise, riche de sève et reflet du terroir qui la porte. Les prévisions météo nous confirment que le temps s’améliore, nous décidons alors de démarrer lundi par notre Bourgogne. Afin de profiter pleinement des derniers bienfaits de la bise asséchante du nord, nos crus à la peau épaisse et dure patientent encore un peu. La récolte des Chambertin ne se fera qu’en fin de semaine : le vendredi 25 septembre, sous un temps sec et ensoleillé. Délicatement et après un double tri sévère, les grappes sont mises en cuve, la transformation lente au début, puis plus tumultueuse, dégage ses effluves dans la cuverie.

Les dégustations successives de ces vins «nouveau-nés» donnent une impression assez proche de 1995, les vins sont charpentés et marqués par des fruits bien mûrs. Mais il nous faut être patients, dans le silence de nos caves les vins évoluent lentement.

 

Revue du Vin de France - juin 1999

La Bourgogne était parée pour un millésime d'exception... Les vins du millésime 1998 ont du fruit, de la couleur et des tanins mûrs, en particulier en Côte de Nuits. Latricières-Chambertin ***'*' Le nez s'avère joliment épicé. La bouche est structurée et longiligne.

Le Chambertin ****'*' Le nez offre des arômes de cuir et d'épices d'une grande complexité. La bouche est bien structurée, avec des tanins fins, sur matière serrée. Portée par un boisé bien intégré, la finale s'avère de grande classe...


62 éme TASTEVINAGE Printemps 2000

Marsannay 1998: Depuis le 28 juin 1950, plus de 250 jurés-dégustateurs se réunissent au château du Clos Vougeot pour noter plus de 800 échantillons. Seuls 39% des vins furent retenus. Notre Marsannay fut primé.


Guide des Sommeliers 2000

Dire TRAPET, c'est dire Gevrey! La vinification est très Trapet et on trouve ici une conscience très "Chambertine". 1998 Gevrey-Chambertin: Robe rubis foncé d'une intensité colorante magistrale, disque bleuté et brillant. Nez racé et complexe, dominé par un fruit de pureté (mûre et cassis), rehaussé par un discret boisé et une touche vanillée. Bouche pleine, ronde et moelleuse, soutenue par des tanins mûrs et fermes. La structure est ample en milieu de bouche. Finale épicée. Dégusté sur fût en mai 1999, ce vin bien construit est soutenu par un bon support tannique et une acidité bien dosée, avec un volume non dilué et un fruit bien mûr. Un très beau village taillé pour la garde. 16/20.

1998 Chambertin : Robe grenat foncé d'une intensité féerique, disque violine. Nez d'une grande race, où la concentration de fruit est bien présente avec des arômes de mûre sauvage et de cassis. Rehaussé d'une note épicée et florale (pivoine), sans excès de bois. L'entrée en bouche ample, pleine, grasse soutenue par des tannins fins, bien mûrs et sans dureté. Structure volumineuse et savoureuse. La finale reste fraîche et épicée, d'une persistance éternelle. Dégusté sur fût au mois de mai 99, ce vin associe la grâce à la vigueur, la fermeté et la force à la finesse et la délicatesse. La note maximale est amplement méritée. Toute la majesté de la bourgogne ici, avec ce vin sublime au grand devenir. 20/20