2004

Terriblement bourguignons!
Jean-Louis Trapet août 2006

Naissance du vin Instant unique, moment magique et rare, le vin naît sous le signe des temps, temps qu’il fait ou qu'il a fait, temps qui passe et temps de la séparation. La première de ces séparations est insondable, impalpable. Elle rend, aurait dit Colette, intelligible la sève de nos terroirs. C'est le moment où la vigne prélève de son sol toute sa substance. La deuxième séparation est la vendange. Temps fort où la grappe gorgée du climat du millésime qui l'a vu naître, quitte sa vigne nourricière. Le raisin fermente, il lui faut quitter son enveloppe charnelle pour se transmuter en vin. C'est le décuvage tant attendu, véritable acte de naissance. Le vin est maintenant dans son fût, il se transforme, sa mise en bouteille est proche, il quitte alors cette "pièce" pour rejoindre son ultime flacon. Sur ce chemin des "temps", le vigneron veille. Il accompagne la naissance du vin et l'aide à s'affirmer. JLT

Nos 2004, terriblement bourguignons, sont liés à leurs terroirs d’origine, mais ils sont aussi et surtout le reflet du temps de leur longue gestation. Issu de conditions climatiques parfois chaotiques, mais finalement très heureuses, septembre fait le vin ! Ce millésime démontre de façon flamboyante que la compétence de tous et la fierté du bel ouvrage permettent aux vignes d’exprimer le meilleur d’elles-mêmes ! Après la chaleur vécue en 2003, nos craintes, sans doute nourries par des lectures récentes 1, bien que diffusent, restaient nombreuses. Le ciel allait-il faire mentir l’adage selon lequel les années se suivent et ne se ressemblent pas! Non décidément, ce n’est pas du soleil qu’il fallait nous méfier en 2004, mais d’un adversaire plus sournois, plus perfide que jamais: l’oïdium. Heureusement, puissamment aidés par notre geste bio-dynamique, nous avons soutenu la vigne dans son combat. Mais pour le moins, ce 2004 ne fut pas de tout repos… Après la canicule, nous espérions la pluie. Dame nature sut répondre à nos désirs les plus insensés, dès le mois d’octobre, les cumuls de précipitations sont (enfin !) supérieurs aux normales, de quoi refaire le plein ! Malheureusement, février voit le retour d’un temps plus sec, ce qui pourtant facilitenotre travail, la taille d’hiver de la vigne occupe nos courageux vignerons qui savent se réchauffer, autour d’un feu de sarment et de «queulles». Cette froidure dure jusqu’à la mi-mars, date à laquelle nous terminons la taille. Est-ce bientôt le printemps? le rythme s’accélère, la terre prend son expiration, mais ne nous laisse pas le temps de souffler, il nous faut tout à la fois attacher les baguettes et terminer le travail de labour et de reprise des sols. La douceur nous surprend et dès la fin mars, excite les bourgeons. Mais la bise est là pour refroidir les assauts du renouveau. Durant les trois premières semaines d’avril, la vigne n’évolue guère et ce n’est qu’à la fin du mois, consécutivement à une hausse marquée des températures que nous voyons apparaître les premiers bourgeons. La croissance végétative s’accélère, mais reste à un niveau comparable à 2001 ou 2002. Nous observons les premières fleurs dès le 5 juin, mais nous constatons aussi l’installation d’un hôte aussi discret qu’indésirable, l’oïdium. Nous avions presque oublié son existence, sa dernière grande apparition datait de 98 et 91. Nous savons le parasite malin, nous savons aussi que sa ruse est décuplée par les grandes variations de températures diurnes, nocturnes que nous connaissons alors. Notre vigilance est maximale. En ordre de bataille, l’équipe sait ce qu’elle a à faire, chacun relève ses manches: les fantassins relèvent rapidement et effeuillent partiellement de façon à bien aérer ces petites grappes encore bien trop jeunes pour se défendre, les cavaliers prodiguent dès soins toujours plus pressants, de la valériane, du soufre, du lithotame, de la silice. Rien ne sera trop beau pour aider nos vignes. Jours après jours nous suivons l’évolution de la situation. Cette acharnement nous rendra finalement victorieux et début août, le spectre de l’infâme «incinula necator» s’éloigne enfin. Le mois d’août est plutôt maussade, donnant lieu à quelques orages de grêle qui n’affectent heureusement pas nos vignes. Les premières baies commencent à «verer» le 10 août . Dés lors, toutes les vignes sont passées en revue pour un ultime éclaircissage. La poursuite de conditions plutôt humides aurait pu favoriser l’apparition de la pourriture grise mais il n’en fut rien car un anticyclone inespéré et salvateur s’installe le 1er septembre pour durer jusqu’aux vendanges. Sereins et confiants nous nous apprêtons à recevoir ce magnifique don de la nature.Les raisins arrivent à la cuverie. Ils sont sains, riches en sucres et concentrés en tanins. Dès les premières dégustations, les tanins des pellicules nous semblent vraiment soyeux et mûrs. Nous restons néanmoins très vigilants, car les températures au moment de la récolte sont très élevées, dépassant parfois 25°C. Des mesures de refroidissement sont alors nécessaires. Après le tumulte des vendanges, viennent les vinifications. Les moûts fermentent régulièrement, la couleur et les arômes se livrent sans trop de résistance. Aujourd’hui, ces vins en bouteilles, forcent l’admiration. Le dernier exemple date du mois dernier où un chroniqueur, connaisseur de surcroît (ce n’est pas forcement toujours le cas) sans doute pris par un élan lyrique, nous confesse et s’interroge: est-il possible qu’un 2004 soit plus grand qu’un 2005? Question de style...

1 Jean-Marie Pelt, Emmanuel Leroy-Ladurie Histoire humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers XIIIe – XVIIIe siècles

 

THE FINE WINE REVIEW -

Number 109 - 2006

Jean et Jean-Louis TRAPET. Like Rousseau but unlike some other producers in Gevrey, Jean-Louis Trapet said that he was hit three times by hail in 2004, albeit rather small ones, and had to go into the vines to select out the damaged parts. As a result of the hail, yields were a bit lower than usual. The Marsannay spiced in the nose and round an pure on the palate with good length and just a touch of disturbing brown sugar. (86/B) The Bourgogne is pure in the nose and mouth but a little soft on the palate and a touch overripe to my taste, although still enjoyable. (85/B) Trapet's Gevrey has mineral and iron scents and flavours but is a touch soft on the palate. It is adequate but not exciting. (84/87) The Gevrey-Clos Prieur, from the premier cru of the vineyard, is lively with some minerality to its red fruits and has good length, but is lacking a little precision. (85/88) The Gevrey-Petite Chapelle has excellent minerality and much better precision and sharpness. (87/91) In grand cru, the Chapelle-Chambertin is lacy with pure red fruits, especially red currant and strawberry. Lovely. (91/94) The Latricières-Chambertin has chipped stone aromas that are typical of Latricières-Chambertin, and is pure, deep, and long with beautiful red currant and strawberry fruit on the palate. (92/96) Finally, the Chambertin has beautiful, precisely-defined animal aromas. In the mouth, there is more substance, purity, and length than with the previous wines. This is fine Chambertin. (93/96)

 

RVF juin 2004, spécial 2003

Chambertin 2003 :

grande race, tendu et minéral, avec beaucoup de finesse et de retenue. Un grand classique pour les décennies à venir. A ne surtout pas manquer.

Coup de cœur.

 

Marsannay 2003:

Fin, joli travail d'élevage.

Bon équilibre, avec un finale très précise