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Sous
le signe de Sirius!
Une
climatologie exceptionnelle
Jean-Louis Trapet août 2004
2003
restera sans nul doute dans les annales viticoles tant le millésime
fut extrême. Il nous faut en effet remonter à 1893, année où
notre arrière grand-père Louis avait commencé ses vendanges
à Chambolle-Musigny le 25 août, et récolté ses Gevrey En Ergot
le 27, pour rencontrer une telle précocité. Nous avons le plaisir
de vous narrer la petite histoire de ce généreux et complexe
millésime.
Après
un mois d'octobre relativement conforme aux normales saisonnières
tant au niveau de la pluviométrie que des températures, novembre
se distingue par son humidité et sa douceur : des températures
supérieures en moyenne de 3°C au normales saisonnières et 25
jours de pluie sur l'ensemble du mois. Bien que moins arrosé,
décembre garde la douceur du mois précédent. Il faudra attendre
janvier pour avoir une première poussée significative de l'hiver
avec l'arrivée du froid et l'installation d'un temps sec et
ensoleillé. Hormis quelques rares épisodes neigeux, ces conditions
perdurent jusque fin février. C'est à partir du printemps que
tout sera bouleversé. La reprise d'activité de la plante, certes
précoce, a lieu vers le 20 mars, à une date assez comparable
à 2002. Le développement de la vigne est ensuite ralenti par
la chute des températures début avril, se traduisant à certains
endroits par des gelées de printemps qui, fort heureusement,
n' affectent que très peu nos vignes. Les premiers bourgeons
débourrent juste après cet épisode de froid, à la mi-avril.
A partir de cette date, la croissance végétative va connaître
une rythme endiablé. A la fin du mois d’avril, nous constatons,
déjà une semaine d'avance par rapport à 2002. 2003 est le digne
challenger du millésime 1997 jusque là référence absolue en
matière de précocité. Les premières fleurs sont observées dès
le 20 mai et, vers fin-mai/début-juin, on est déjà en pleine
floraison voire, dans certaines parcelles, en fin de floraison.
Pour mémoire, en 2002, ce stade a été atteint le 12 juin. Le
mois de juin va être le théâtre d'un premier épisode de fortes
chaleurs avec une température mensuelle moyenne de 25°C, 7°C
de plus que la normale. Dans ces conditions, la vigne que l’on
sait volubile, croît à une vitesse exponentielle, les vignerons
subissent avec beaucoup de courage le rythme frénétique que
la plante nous impose. Loin d'être à son terme, cette climatologie
extrême se poursuit. En juillet, les premiers signes d'une importante
sécheresse se laissent apercevoir. Les vignes sont, dès lors,
sujettes à de nombreux déséquilibres. Ce manque d'eau ne risque-t-il
pas d’altérer l’expression de nos lieux et de réduire substantiellement
la récolte?
Il
nous faut réagir vite, les vendanges vertes sont bannies, l'effeuillage
est relégué au rang des artefacts dangereux : l’exposition prolongée
des raisins au soleil ardent ne ferait qu’aggraver l’équilibre
de la plante. Des soins d’un infinie douceur sont alors prodigués:
tisanes, décoction de plantes (camomille...) Mais aussi préparats
biodynamiques apaisants comme la bouse de corne. La nature n’est
que rythmes et mouvements, pensons-nous alors. Ca va se rafraîchir!
se hasarde même à penser certains vignerons optimistes! Il n’en
est rien, arrive un mois d'août encore plus extrême, un mois
de tous les records et de tous les dangers. La canicule est
son paroxysme avec des pointes à plus de 42°C. Cette fournaise
dure plus 10 jours. Il faut continuer, ne pas laisser cette
vigne assommée par le feu. Le 10 août, nous constatons que la
maturation du fruit progresse malgré tout: quel fruit délicieux
en Chapelle, quelle puissance en Chambertin! C’est aussi une
leçon pour tous, cette liane dont les racines sont ancrées avec
force dans la terre nourricière, nous prouve sa résistance.
Enfin, le 15 un petit épisode pluvieux vient retendre les raisins.
Comment être sûr alors que la maturité du fruit et des tanins
est atteinte? Toutes les parcelles du domaine sont inspectées,
les raisins humés, goûtés. Ce millésime si extrême nous séduit,
les raisins sont beaux! Le ban de vendanges est fixé au 19 août
sur toute la Côte. Nous commençons la récolte le mercredi 27
août, par un temps... encore chaud, sec et ensoleillé. Comme
nous l’avions constaté quelques jours plus tôt, les petits raisins
qui arrivent sur la table de tri sont extrêmement sains et concentrés,
seules les petites baies desséchées seront éliminées. L’acidité
restera la grande question du millésime. Que les amateurs se
rassurent, les terroirs de Gevrey plus «nordistes» recèlent
sans doute des capacités au vieillissement étonnantes. De plus,
nous croyons que cet équilibre sucre, acide, caractéristique
si particulière du millésime est compensée par un tanin puissant
et soyeux. Nous affirmons enfin que ce millésime est bien un
millésime bourguignon, différent certes mais terriblement authentique
dont les qualités nous surprendrons sûrement encore dans quelques
décennies!

RVF
juin 2004, spécial 2003
Chambertin
2003 :
grande race, tendu et minéral, avec beaucoup de finesse et de
retenue. Un grand classique pour les décennies à venir. A ne
surtout pas manquer.
Coup
de cœur.
Marsannay
2003:
Fin,
joli travail d'élevage.
Bon
équilibre, avec un finale très précise
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